Management et évaluation des risques SST (3/3)

Des actions pour maîtriser les risques

Lire la partie 1 : ici
Lire la partie 2 : ici

L’évaluation des risques, quel que soit le domaine, et donc aussi en santé et sécurité au travail, a pour finalité l’action.

Les actions conduites, après choix et arbitrages, visent bien sûr à améliorer la maîtrise des risques. Elles s’inscrivent dans les principes généraux de prévention bien connus des préventeurs : éviter (supprimer) le risque, évaluer les risques qui ne peuvent être évités, combattre les risques à la source, adapter le travail à l’homme (et non l’inverse), etc. À ce stade, il paraît important de souligner, en termes de retour d’expérience, à quel point une démarche bien conduite d’évaluation des risques est l’occasion de s’interroger sur les procédures et organisations bien installées, donc de remonter à la suppression éventuelle, soit du danger lorsque cela est possible, soit de toute exposition au danger (ce qui constitue le risque). Et donc « d’arrêter de manager la SST » à des stades déjà trop tardifs!

À l’inverse, un DU construit trop vite et en petit comité pour ne répondre qu’à l’obligation réglementaire particulière de sa production est la porte ouverte vers des mentions du type « port des EPI » ou « sensibilisation des intervenants » comme seules parades aux risques.

Quels types d’actions ?

Les actions mises en œuvre relèvent de trois typologies :

  • actions de prévention : je supprime ou diminue le danger et/ou j’évite ou diminue l’exposition de mes salariés à ce danger. Ce sont les actions qui concourent le plus à préserver la santé et la sécurité des salariés en abaissant la probabilité que survienne l’événement indésirable. Benjamin Franklin disait à ce propos : « One ounce of prevention is worth a pound of cure ».
  • actions de protection : je protège le salarié des conséquences d’un événement qui n’a pu être prévenu et donc évité.
  • actions de transfert : je confie à d’autres qui maîtrisent mieux que moi l’activité et ses risques associés (entreprises dont c’est le cœur de métier) le soin de réaliser certaines tâches, à ne surtout pas confondre avec un souhait d’externalisation des risques

À l’expérience, force est de constater le bénéfice d’actions conduites dans la continuité de ce qui se pratique et des solutions qui ont fait leurs preuves. Notamment, dans le cas des risques psychosociaux (RPS), le fait de s’interroger (avant toute velléité de création d’actions) sur ce qui se fait déjà est à la fois de nature à rassurer le management, parfois mis parfois (ou qui le perçoit ainsi) en situation d’accusé, et aussi à s’inscrire dans une amélioration continue des programmes d’actions de prévention.

Mais les actions concernent aussi des actes de communication et d’informations pour faire le lien entre le DU et :

  • les fiches de poste,
  • l’information aux nouveaux arrivants,
  • les plans de prévention entre entreprise utilisatrice et entreprises prestataires,
  • etc.

De même, l’articulation entre le DU et le rapport annuel du médecin du travail est à explorer, afin d’éviter le sentiment d’un double travail, et de garantir la cohérence entre ces deux démarches complémentaires.

Un sujet de dialogue social

La place de l’évaluation des risques dans l’organisation de l’entreprise et ses finalités nécessitent d’être complétées par la nécessaire posture pluridisciplinaire qu’elle réclame : c’est un formidable sujet de dialogue social. Dès lors, l’employeur gagne à inviter tous les acteurs à sa construction : le puzzle est plus simple à comprendre lorsque toutes les pièces sont disponibles et correctement assemblées !

La connaissance des risques est donc affaire d’interdisciplinarité et de transversalité : plusieurs acteurs détiennent une partie du problème à résoudre et de la solution à apporter. Leur donner l’occasion de mettre en commun leur savoir, d’échanger et de construire ensemble les remèdes est sans nul doute une clé du succès et, au passage, la meilleure assurance pour l’employeur de ne pas passer à côté de sa responsabilité qui demeure dans tous les cas pleine et entière.

À l’expérience, la participation des salariés dans le cadre des équipes naturelles de travail dans le dialogue autour des fiches de postes et du lien qui en est fait avec le DU permet de passer à une logique « d’interrogation collective » sur les possibilités de supprimer ou de réduire les risques (en lieu et place parfois d’une logique de « à quelles expositions de dangers suis-je soumis ? »). C’est aussi repositionner s’il en était besoin les CHSCT dans l’exercice de leurs missions fondamentales.

En corollaire, cela peut conduire l’employeur à prendre parfois des décisions d’action différentes du strict résultat chiffré de l’évaluation des risques pour intégrer les conclusions issues du débat social et alors partagées par les acteurs : cette appropriation générale est à l’évidence un facteur de réussite !

Tout cela suppose une « posture managériale » qui a fait l’objet d’une série d’articles disponibles en suivant ce lien.

Cette vision de l’évaluation des risques santé sécurité est partagée par nombre d’entreprises, dont celles qui composent le GEPI, réseau collaboratif et de partage qui rassemble les plus grandes entreprises françaises : pour elles, leurs salariés et autres parties prenantes, elles ne ménagent pas leurs efforts pour se rapprocher de cette cible, et en tant que donneurs d’ordre, elles contribuent également au partage avec leurs sous-traitants d’une évaluation des risques « grand angle ».

Par Dominique Vacher

Photo de M. Dominique Vacher

Ouvrages de Dominique Vacher aux éditions Arnaud Franel :
Santé et sécurité au travail : Entreprises, arrêtez de manager la SST!


A propos de l'Auteur :
Dominique Vacher, auteur de l’ouvrage Santé et sécurité au travail, ancien d’EDF (manager, DRH, Directeur puis Coordinateur santé sécurité au travail (SST)), a fondé DVConseils, spécialisée en RSE, qualité de vie au travail et SST: www.dvconseils.fr Il est professeur associé au Cnam (chaire hygiène et sécurité), il est expert IPRP, membre de l’AISS et animateur du GEPI.

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