TRIBUNE : Les 35 heures pourraient avoir nui gravement à la formation des travailleurs

Si en l’an 2000 les 35 heures furent parfois présentées comme du temps libéré pour la formation, il n’en aura jamais rien été depuis 17 années dans les entreprises et la plupart des salariés considèrent encore qu’ils ne peuvent et doivent apprendre que  sur leur temps travaillé.

K= at, l’équation de la connaissance et aussi des apprentissages

Idriss Aberkane nous le dit à longueur de livres et de conférences : le Savoir (Knowledge) est égal au temps passé (à apprendre) multiplié par l’attention (la motivation, les efforts durables, la capacité de s’abstraire aussi bien de son travail que des loisirs, numériques ou autres).

En France les salariés ne trouvent plus le temps d’apprendre

Au-delà des budgets (toujours insuffisants), au-delà de la complexité créée par l’État et les partenaires sociaux, c’est bien le temps pour apprendre qui manque le plus depuis les années 2000 en France.

Quand tout va bien on n’a pas le temps, quand la crise est là on n’a plus les moyens ni l’envie d’apprendre !

C’est bien simple, on n’a jamais plus le temps d’apprendre dans  notre pays et quand il nous faudrait passer au moins 150 heures par an à apprendre (10 % du temps travaillé), nous y consacrons une moyenne de 16 heures par an (avec de grandes disparités et un nombre d’heures bien plus faible pour les moins qualifiés).

Les 35 heures plombent les apprentissages professionnels

– Elles ont été quasi-exclusivement associées au temps des loisirs (comme lors de l’invention des congés payés en 1936 alors que notre contexte professionnel et social est fort différent) ;

– Elles ont intensifié le travail des salariés, rendant toute prise de congés supplémentaires (pour se former notamment) très difficile.

Les 35 heures n’ont donc en rien été une libération pour apprendre en France, elles ont tout au contraire contribué à réduire encore le temps consacré par nos compatriotes à apprendre.

En 2004, le DIF pouvait être réalisé sur le temps libre 

En 2004 lors de la mise en œuvre du Droit Individuel à la Formation, les pouvoirs publics avaient tenté d’introduire la formation hors temps de travail (avec une allocation formation égale à 50 % du salaire horaire net) mais cette possibilité de se former hors temps de travail ne trouva quasiment aucun écho dans le monde du travail :

– les employeurs ne voulaient ni ne pouvaient payer des allocations formations (prises dans ce cas sur des budgets formation déjà insuffisants, sans remboursements par les OPCA) ;

– les salariés refusèrent dans leur immense majorité de se former sur leur temps libre.

Pendant 10 ans, 6 % des salariés se sont formés via leur DIF (contre 1 % en 2016 avec le CPF) mais dans la plupart des cas sur le temps de travail.

En 2014 les pouvoirs publics ont cru naïvement installer le successeur du DIF (le CPF, Compte Formation) sur le temps libre

Le CPF est un triple  échec et les 1% de formations financées ne peuvent faire oublier que :

– 75 % des salariés n’ont même pas ouvert leur compte formation (inutile de toute façon comme ils l’ont rapidement compris) ;

– les formations choisies ne différent en rien des formations courtes permises par le DIF ;

– le CPF renforce la tendance à épargner des heures (sans rien en faire comme un compte de précaution) ;

– le CPF n’est pas financé et la micro-cotisation de 0,2% de la masse salariale (absente pour les TPE) ne permettra jamais de former plus de 2 ou 3 % de ces mêmes salariés ;

– le CPF en « autonomie » est une galéjade, un parcours du combattant qui ne débouche sur rien pour la plupart des dossiers.

Pour sortir la formation de l’ornière il faudra que chacun s’approprie un nouvel espace-temps, le temps du développement des compétences

Pour sortir de l’atonie formation (personne ne se forme, les organismes périclitent et sont noyés sous la paperasse et des obligations surréalistes comme celles de garantir la « qualité ») les pouvoirs publics souhaitent révolutionner la formation ; c’est parfaitement possible à quelques conditions près :

– une formation se déroulant désormais sur le temps libre (« libéré » justement par les 35 heures) ;

– une formation cofinancée par les salariés et les employeurs (tous les employeurs sans exception y compris dans les TPE) ;

– enfin une formation libre et ouverte sur tous les domaines comme cela est prescrit dans la loi depuis 1971 (pour des formations culturelles par exemple) avec pour seul fil conducteur les envies et les capacités de chacun.

 

Par Didier Cozin

Photo de M. Didier Cozin

Ouvrages de Didier Cozin aux éditions Arnaud Franel :
ID Reflex’ Apprendre à apprendre
ID Reflex’ Entretien professionnel


A propos de l'Auteur :
Didier Cozin est gérant de l’Agence pour la Formation Tout au Long de la Vie depuis 2006. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à la formation professionnelle.

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