Apprendre et s’informer en 2018 : les nouveaux enjeux (2/2)

(Première partie de l’article : ici)
Au travail, l’intelligence artificielle entre désormais en concurrence avec l’intelligence humaine. Dans un premier temps, l’informatique et le numérique ont été des hobbys, des activités de loisirs pour passionnés (Bill Gates ou Steve Jobs dans les années 70). Plus tard, le numérique a envahi les bureaux (tableurs, traitement de texte) ainsi que les ateliers (robots). Il remettait en question des emplois routiniers inventés par le fordisme. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle remet en question ou même remplace des activités de plus en plus qualifiées (le chauffeur routier puis le professeur, le médecin, l’avocat, l’inspecteur de police, le juge ou l’expert comptable). 

Dans ce système concurrentiel entre l’homme (de plus en plus noyé sous l’information) et la machine (de plus en plus intelligente et capable de traiter des milliards d’informations), le combat peut paraître inégal.

Les pouvoirs publics, en inventant des compteurs formation, se trompent d’époque et de méthodes.

Ce n’est pas parce qu’on cumule des heures de formation (comme sur ce regrettable Compte Personnel de Formation) qu’on va se former : comme l’écrit Idriss Aberkane dans son livre Libérez votre cerveau, dans la société de la connaissance le pouvoir d’achat n’est pas capitalisable.

Dans un monde en perpétuel mouvement, le diplôme même ne signifie plus grand chose. Des centaines de milliers de jeunes arrivent chaque année avec des labels d’Etat dont les employeurs ni la société n’ont souvent que faire.

Le numérique, via les institutions actuelles, participe d’une quadruple illusion :

– l’illusion comptable : c’est parce qu’on compterait ses droits à la formation, à la retraite, aux congés ou au temps libre qu’on serait plus compétent, plus professionnel, plus averti et surtout plus sécurisé.

– l’illusion financière : apprendre en mixant les techniques, en utilisant le numérique en complément du stage présentiel sera souvent plus coûteux que le seul stage classique en salle.

– l’illusion bureaucratique : la société industrielle avait le gout des classements, du rangement et de la répartition dans des cases. L’éducation nationale est devenue en France une gestionnaire de flux (combien d’enfants entrent chaque année, combien de postes à créer, combien de diplômés à sortir pour remplir le Plan ?)

– l’illusion éducative : ce n’est pas parce qu’on équipera tous les élèves de collège d’une tablette qu’ils apprendront durablement, qu’ils apprendront mieux ou que par le miracle du numérique l’école redeviendra égalitaire ou équitable.

On apprend pour s’apprécier et être apprécié

Si les humains apprennent, c’est d’abord pour s’estimer, se comparer ou collaborer pour progresser, le numérique peut être une aide en complément d’autres moyens pédagogiques mais dans ce cas il réclame de très grandes compétences pédagogiques (andragogiques comme on dit au Québec).

La capacité d’apprendre peut être développée avec chaque humain

En France comme un peu partout dans le monde, l’éducation manque, les compétences des citoyens sont notoirement insuffisantes, le temps passé à apprendre est minime (les loisirs ne faisant pas bon ménage avec les apprentissages) et pour aborder dans des conditions acceptables les transitions numériques, énergétiques, environnementales qui traversent la planète, nous allons devoir faire de très grands efforts éducatifs :

– reconstruire une école pour les jeunes ;

– fonder une vraie formation tout au long de la vie en y mettant à la fois du temps (pris sur les loisirs) de l’argent et de la persévérance (on apprend dans la durée, il est vain de réformer la formation tous les cinq ans) ;

– responsabiliser chaque citoyen sur ce qu’il apprend, ce qu’il partage, ce qu’il transmet.

Passer de l’employability à la learnability

Au World Economic Forum de Davos de 2017, une nouvelle expression a vu le jour : il s’agit pour les travailleurs non plus seulement de leurs capacités à travailler ou à rester employable (et en emploi), mais de leurs compétences à apprendre tout au long de la vie (bien au-delà de la vie active). Pour rester dans la course mais aussi pour inventer le travail (plutôt que le subir) loin des modèles fordistes du travail (le travail en miette et sans réflexion), les êtres humains vont devoir prendre conscience que leur cerveau ne sert pas seulement à obéir (aux ordres du contremaître) ou à consommer (aux ordres des médias) mais à inventer, à innover, à partager.

Les compétences humaines doivent être développées si nous ne voulons pas perdre nos capacités à travailler

Dans la course à la compétitivité et à la compétence, les êtres humains ont des atouts : ils peuvent se rassembler, ils peuvent collaborer, ils peuvent aimer, ils peuvent se passionner et innover, toutes choses que pour l’heure les machines sont incapables de faire.

Les machines, pour apprendre et collaborer, ne doivent pas remplacer les hommes. Si nous nous laissons submerger nous serons défaits.

 

Par Didier Cozin

Photo de M. Didier Cozin

Ouvrages de Didier Cozin aux éditions Arnaud Franel :
ID Reflex’ Apprendre à apprendre
ID Reflex’ Entretien professionnel


A propos de l'Auteur :
Didier Cozin est gérant de l’Agence pour la Formation Tout au Long de la Vie depuis 2006. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à la formation professionnelle.

1 Commentaire

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Nous sommes déjà défaits, nous européens, car la progression exponentielle des capacités de l’IA, l’inadaptation de notre système d’enseignement et de formation et le refus de les reformer nous mettent en coupe réglée sous la dominance des GAFA et BATX qui n’ont pas nos « pudeurs » humanistes. Eux ils font du business et nous (européens) nous légiférons, protégeons nos données, empêchons de les utilisons. Dans 10 ans comme le dit Thierry Alexandre nous serons le zimbabwe

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