Santé Sécurité au Travail en France : 7 propositions de pistes de progrès (4/7)

(Cet article fait suite à la partie 3/7)

Proposition 3

Former en amont les acteurs

3.1 Formation initiale des managers et ingénieurs

En arrivant dans une entreprise, un jeune ingénieur ou manager est quasiment aussitôt confronté à la nécessité d’animer des femmes et des hommes au sein d’une équipe de travail et pour les entreprises les plus responsables à s’occuper des aspects SST.

Or la plupart du temps, dans sa formation initiale ne lui a été enseigné ni l’un, ni l’autre…

Dans son rapport1 de mai 2008 au ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité ainsi qu’au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, William Dab proposait 12 recommandations dont la 7e faisait état de la nécessité de bâtir un test de certification en Santé Sécurité au Travail (SST) : « Les compétences minimales correspondant au référentiel de compétences doivent être attestées par un dispositif de certification national. Lorsqu’un établissement de formation ou un employeur souhaite s’assurer du niveau d’un collaborateur en langue anglaise, il a recours à un examen de certification standardisé dont il existe plusieurs modèles au niveau international (TOEFL, TOIC, BULAT, etc.) ».

En juillet 2015, le Groupe permanent d’orientation du Conseil d’orientation sur les conditions de travail (COCT) a publié un mémorandum sur les « Formations et le développement d’une culture de prévention » Il précise que « la méthode retenue privilégie une approche intégrée de la prévention : il s’agit d’intégrer la santé au travail dans la formation à tous les niveaux, dans un continuum entre la formation initiale, la formation continue et la pratique professionnelle ».

Le constat est que les entreprises ne sont pas satisfaites du niveau de connaissance de base des ingénieurs et managers en matière de Santé et Sécurité au travail (SST). Elles ont besoin de s’assurer que notamment les jeunes qu’elles recrutent ou que ceux qu’elles nomment à des postes de management ou de conception des organisations aient les connaissances nécessaires pour concevoir, organiser, produire et manager en toute Santé et Sécurité au travail.

Le Groupe d’Echange des Préventeurs Interentreprises2 s’est lancé, sur mon impulsion, dans ce travail d’élaboration d’un test d’évaluation de compétences en SST, proposant différentes fonctionnalités comme par exemple la mesure de compétences pour une population ciblée (Manager, RH, Préventeurs…). Un groupe de travail s’est réuni 17 fois entre juillet 2013 et août 2014 pour élaborer cette première version du TOOSH (Test On Occupational Safety and Health).

Le TOOSH est donc un test de mesure de connaissances en santé et sécurité au travail élaboré pour donner corps à la 7e recommandation du rapport précité. Il est basé sur le référentiel BESST (Bases Essentielles en Santé et Sécurité au Travail3).

Le GEPI a décidé de remettre sans contrepartie autre que d’être associé aux futurs développements de l’outil ce travail au Directeur Général de la Direction Générale du Travail. Cette remise officielle s’est effectué le 19 novembre 2014 au Conservatoire National des Arts et Métiers. Le DGT, Yves Struillou, a accueilli de manière très enthousiaste ce travail et a confié au Directeur Général de l’ANACT de l’époque le soin de porter cet essai sur les fonts baptismaux.

Un groupe de travail réunissant INRS, ANACT, OPPBTP et GEPI a fonctionné, mais pour des raisons financières, ce projet est aujourd’hui en standby.

En étant l’initiateur, nous l’avons repris à notre compte pour, nous l’espérons, à l’aide de partenariats (en cours), arriver à une version béta cette année 2018. Naturellement, un support politique de ce projet, et un accompagnement financier correspondant serait le bienvenu…

Cet outil peut être utilisé dans un contexte universitaire (validation d’un niveau, acquis de crédits) ou professionnel (adaptation du parcours d’accueil et d’intégration, professionnalisation, animation d’espaces de discussion sur la santé sécurité…).

Il pourrait à terme :

  • être rendu obligatoire pour toute délivrance de diplôme d’ingénieurs et managers,
  • conduire à une certification en Santé Sécurité au Travail pour valider un niveau requis.

Par ailleurs, au-delà des seuls aspects de base SST, il est stratégique que les formations initiales des ingénieurs et managers intègrent les compétences et pratiques nécessaires pour animer les femmes et les hommes de l’équipe, pour arbitrer et prendre les décisions nécessaires et pour exercer correctement son leadership. Nous développons ce concept que nous avons appelé « la posture managériale »® dans le chapitre 7.

Gardons en mémoire qu’à l’heure où les Risques Psycho Sociaux (RPS) ont envahi (à juste titre) l’actualité des entreprises, le manager est un créateur de santé et de performance.

1. http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/RapportDEFINITIF_DabV2.pdf

2. Le GEPI est né de la volonté de responsables du domaine santé sécurité au travail de grandes entreprises françaises de partager leurs visions et leurs pratiques du domaine.

3. Le référentiel BESST est téléchargeable sur http://www.esst-inrs.fr/enssup/pdf/R%C3%A9f%C3%A9rentiel_de_comp%C3%A9tences_BESST.pdf

 

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Par Dominique Vacher

Photo de M. Dominique Vacher

Ouvrages de Dominique Vacher aux éditions Arnaud Franel :
Santé et sécurité au travail : Entreprises, arrêtez de manager la SST!


A propos de l'Auteur :
Dominique Vacher, auteur de l’ouvrage Santé et sécurité au travail, ancien d’EDF (manager, DRH, Directeur puis Coordinateur santé sécurité au travail (SST)), a fondé DVConseils, spécialisée en RSE, qualité de vie au travail et SST: www.dvconseils.fr Il est professeur associé au Cnam (chaire hygiène et sécurité), il est expert IPRP, membre de l’AISS et animateur du GEPI.

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