Santé Sécurité au Travail en France : 7 propositions de pistes de progrès (5/7)

Cet article est la suite de la proposition n°3 : Former en amont les acteurs. (Retrouvez ici le début de cette série d’articles)

3.2 Former les préventeurs et hygiénistes au monde de l’entreprise

Notre expérience nous pousse à militer pour donner, en plus de la compétence technique et organisationnelle que le préventeur, l’hygiéniste doit maitriser, la capacité à ces populations (au moins pour la frange diplômée de niveau expert sénior1) de comprendre comment fonctionne l’entreprise et quelles sont les approches qu’elle déploie pour maitriser tous les risques auxquels elle doit faire face.

En effet, si l’on veut que ces populations soient perçues par les managers comme des aides à produire en toute SST, des facilitateurs, il faut qu’elles soient capables de maitriser tous les aspects de l’entreprise et de la chaine de création de valeur. Ainsi que le discours des managers.

Sinon, elles sont reçues bien souvent par le management comme le « poil à gratter » qui empêche de produire… 

3.3 Former tous les salariés à devenir Sauveteurs Secouristes du Travail

Nous avons disposé dans notre carrière d’études qui démontrent clairement que la population de salariés Sauveteurs Secouristes du Travail a moins d’accidents du travail qu’une population de salariés référente. Sur la base de ce constat il serait intéressant de former l’ensemble des salariés à être Sauveteur Secouriste du Travail.

L’avantage est double :

  •  moins d’accidents dans l’entreprise,
  • plus de gestes qui sauvent pratiqués dans l’entreprise et aussi dans la société française et donc moins de gravité pour les victimes objets de ces gestes, et donc moins de dépenses pour le système de soins de notre pays.

Cet objectif pourrait être lié avec la délivrance du permis de conduire, le risque routier étant le premier risque mortel en entreprise.

 3.4 Former tous les citoyens dès le plus jeune âge

Une étude épidémiologique2 réalisée par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) révèle que les jeunes de moins de 25 ans formés en santé et sécurité au travail pendant leur scolarité ont 2 fois moins d’accidents du travail que les autres. Réalisée sur 5 ans dans 7 régions de France, cette étude montre la pertinence d’intégrer un enseignement en santé au travail dans l’ensemble des formations initiales.

Ce constat encourage à développer un tel enseignement et formation tout au long de la scolarité des jeunes Françaises et Français, en faisant le lien en termes d’objectif avec la préconisation précédente.

1. Ingénieurs Prévention des Risques par exemple tel que parrainé par le GEPI et formés par le Cnam Hauts de France-

2. http://www.inrs.fr/header/presse/cp-accidentologie-jeunes.html

 

Proposition 4

La mesure de l’aptitude du salarié à tenir un emploi

L’aptitude est ici entendue au sens très large. Elle intègre bien sûr les connaissances et les compétences (et pour ce point se référer au chapitre précédent), mais aussi l’aptitude physique, intellectuelle et mentale à exercer le métier pressenti. Et le lien se fait avec ce que nous avons évoqué en introduction de cette série d’articles sur le resserrage des liens entre santé publique et santé au travail.

Comment l’employeur peut-il se rassurer sur l’aptitude de son salarié à exercer des activités qui souvent comportent des risques, risques maîtrisés par l’employeur et le salarié avec les parades mises en œuvre ?

Le secret médical n’est pas à remettre en cause, mais n’est-il pas nécessaire que l’employeur dispose de l’information concernant la capacité d’un salarié à exécuter telle ou telle activité ? Comment peut-il savoir, au quotidien, si le salarié qui se présente est capable de travailler (les anglo-saxons parlent de « fit to work » ?

N’y a-t-il pas matière à explorer les liens entre le médecin traitant, le citoyen-salarié et son (ou ses) employeur(s) ? La loyauté du salarié ne lui impose-t-elle pas d’informer systématiquement son employeur de tout handicap passager à exercer ses tâches quotidiennes ? Un dossier de santé sécurisé et accessible pour certaines parties à certains acteurs (à inventer donc) ne peut-il contenir des informations ne relevant pas du secret médical (et donc du « pourquoi ») et accessible à l’employeur concernant la capacité à faire, l’aptitude du citoyen-salarié (le « quoi ») ?

Nul doute que c’est un point de progrès important à l’heure où chaque matin, à la prise de travail, des salariés arrivent sous influence de substances psychotropes (par addiction ou soins), pour ne citer que ce problème que vivent toutes les entreprises, et souvent de façon absolument pas sereine…

La médecine du travail d’une part est quasi absente aujourd’hui, et n’a pas prouvée dans l’histoire, d’autre part, sa plus-value. En effet, la France est un des rares pays au monde à s’être doté d’un tel système et sa place en termes de résultats, déjà évoquée, montre bien que cet « outil » n’a pas été différenciant.

Pour autant, dans la même logique qu’exposée dans le chapitre qui suit pour l’accès à l’expertise, ne peut-on imaginer des structures territoriales pour l’accès à l’expertise médicale ? A partir d’une solution basée sur des praticiens de médecine générale, voire de spécialistes, tous formés aux risques des bassins d’emploi sur lequel ils opèrent, avec un accès possibles aux laboratoires locaux avec une massification des examens pour en réduire les coûts, la vérification systématique et ponctuelle des aptitudes, et un suivi médical dans des cas très précis, pourraient être engagés.

Et puis à l’heure où des pays font le pas vers de la télémédecine, pourquoi ne pas imaginer, pour tout ou partie, un dispositif de télé-aptitude ?

 

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Par Dominique Vacher

Photo de M. Dominique Vacher

Ouvrages de Dominique Vacher aux éditions Arnaud Franel :
Santé et sécurité au travail : Entreprises, arrêtez de manager la SST!


A propos de l'Auteur :
Dominique Vacher, auteur de l’ouvrage Santé et sécurité au travail, ancien d’EDF (manager, DRH, Directeur puis Coordinateur santé sécurité au travail (SST)), a fondé DVConseils, spécialisée en RSE, qualité de vie au travail et SST: www.dvconseils.fr Il est professeur associé au Cnam (chaire hygiène et sécurité), il est expert IPRP, membre de l’AISS et animateur du GEPI.

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