Le Livret A, 200 ans d’histoire et de succès

Dans le domaine des placements à court terme, le Livret A est sans aucun doute un phénomène : 56 millions de livrets ouverts, 10,2 milliards d’euros de collecte sur l’année 2017, 271,7 milliards d’encours à la fin 2017, selon les chiffres de la Caisse des dépôts et consignations, le bras financier de l’État. Et ce, alors même que sa rémunération nette se situe à 0,75 %, son plus bas niveau historique.

Par comparaison, l’encours des fonds monétaires (détenus par les particuliers), qui lui faisaient de l’ombre dans les décennies 1980 et 1990, se limite désormais à 7 milliards d’euros.

Il est vrai que ce livret réglementé, dont le bicentenaire est célébré en 2018, cumule bien des avantages : il est simple, liquide, sans risques et, par-dessus tout, ses intérêts ne supportent ni l’impôt, ni les prélèvements sociaux, à la différence des livrets bancaires classiques ou des comptes à terme. Bref, un cas d’espèce dans l’univers des placements. D’autant que les fonds déposés et centralisés à la Caisse des dépôts servent une bonne action : la construction et la rénovation de logements sociaux.

Une innovation en son temps

Pourtant, à son lancement, le 22 mai 1818, le pari était loin d’être gagné. A cette époque, l’esprit de prévoyance et d’économie n’était guère développé dans l’esprit de la population, pas davantage d’ailleurs qu’au plus haut niveau de l’État.

Artisans et ouvriers n’hésitaient pas, par exemple, à risquer leur épargne à la loterie royale. « On était loin encore de concevoir l’idée d’offrir aux petites économies du travailleur cet asile sacré de la prévoyance », comme l’écrit si joliment Eugène Bayard, dans son ouvrage de référence, La Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Paris (Hachette, 1892).

Mais les temps changent et, à la faveur des expériences menées en Suisse en 1816 et en Angleterre en 1817, la France se dote enfin de cette nouvelle institution, sous l’impulsion de Benjamin Delessert, homme d’affaires et philanthrope, et de François-Alexandre de La Rochefoucauld-Liancourt, banquier et président du comité de mendicité. Un premier projet avait bien été proposé dès 1611 par Hugues Delestre, conseiller du roi Louis XIII, mais s’était heurté à l’hostilité de l’Église, farouchement opposée à la rémunération de l’argent.

De la naissance au triomphe

En 1818, en revanche, cette initiative est accueillie avec bienveillance. La Caisse d’Épargne de Paris ouvre donc ses portes 104, rue de Richelieu. Et le livret d’épargne – c’est son nom – voit le jour, avec une rémunération fixée à 5 %. Par la suite, l’établissement s’établira 9, rue Coq-Héron, dans l’hôtel particulier d’un ancien fermier général, Barthélémy Thoinard de Vougy, surnommé « l’Harpagon de la finance » !

Les débuts sont laborieux – au 31 décembre 1818, on compte 352 livrets ouverts pour un montant total de 54 687 francs – mais le succès arrive, notamment auprès des classes aisées. Qu’on en juge : 100 000 livrets ouverts en 1830, 2 millions en 1870. Et, au début de la Seconde Guerre mondiale, ce livret est détenu par la moitié de la population. Rebaptisé « Livret A » en 1966, son taux de détention chez les particuliers atteint aujourd’hui 83 %, selon l’Observatoire de l’épargne réglementée.

 

Par Gérard Blandin

Photo de M. Gérard Blandin

Ouvrages de Gérard Blandin aux éditions Arnaud Franel :
Réussir ses placements à court terme
Dictionnaire des fusions et acquisitions
La bourse en 110 exercices
ID Reflex’ Institutions financières internationales


A propos de l'Auteur :
Gérard Blandin est un journaliste reconnu et expert financier diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et titulaire d’une maîtrise en sciences économiques. Il compte trente ans d’expérience des marchés. Il a dirigé les rédactions de plusieurs hebdomadaires financiers et, en tant que chef d’entreprise ou administrateur de société, et a réalisé plusieurs opérations de fusion et acquisition.

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